De l'uniforme au fil de l’art : comment j'ai transformé le burn-out en un chemin de reconversion

Il y a quelques années, j’ai fait une découverte qui a tout changé : il y a une différence entre être utile et se sentir à sa place. Pendant 28 ans, l’infirmière a été mon identité professionnelle, un métier de vocation où j’ai appris à soigner, à écouter, à être là pour les autres. Mais au fil du temps, j’ai senti un décalage grandissant. J’avais beau changer de lieu, passer de l’hôpital à l’EHPAD ou au laboratoire, la problématique restait la même. J’ai pourtant cherché d’autres horizons, en me formant en parallèle pour devenir conseillère conjugale et familiale. J’avais ce besoin d’apprendre et de me sentir à ma place, mais il est finalement essentiel d’expérimenter pour vraiment savoir qui l’on est et ce qui nous anime.


Le 17 novembre 2020, le jour où le brouillard a tout envahi.

J'ai longtemps cherché à comprendre pourquoi la flamme s’était éteinte. La réponse est arrivée brutalement. Ce jour-là, mon corps et mon esprit ont dit stop. C'était un épuisement total, un burn-out multifactoriel, qui m'a forcée à tout arrêter. Il y a eu ce moment où je ne faisais rien d'autre que de rester sur le canapé à regarder passer les nuages, incapable du moindre mouvement.

J'étais dans un tel brouillard que je ne savais même plus faire une simple soustraction. Je savais que je savais, mais je n'arrivais plus à faire les liens. Le grille-pain dans le frigo, les flans sans œufs… J'étais absente, en pilote automatique dans mes gestes du quotidien. C'était une épreuve très difficile, mais c'est aussi le moment où j'ai compris que le chemin de ma reconversion allait être, avant tout, un chemin de reconstruction.


La créativité, ma thérapie, mon futur métier

Pour avancer, j'ai d'abord dû accepter l'aide. Ma première étape a été le soutien médical, indispensable pour me remettre sur pied. C'est ensuite que je me suis fait accompagner par une conseillère du CIDFF pour un travail en profondeur sur mon parcours. En parallèle, ma conseillère France Travail m'a orientée vers des programmes concrets, comme le parcours rESSort, qui a été un véritable catalyseur pour passer de l'idée au projet.

Pendant tout ce temps, ma reconstruction se faisait aussi en coulisses. Le matin, je m'enfermais avec ma peinture, mes pages matinales… Ces pratiques créatives, presque instinctives, m'aidaient à me recentrer et à retrouver de l'attention et de la concentration. J'ai ensuite osé une étape plus structurée : le CAP couture. C'était un apprentissage essentiel pour solidifier ces acquis. J’ai connu un moment de découragement juste avant les 16 heures d'épreuve, mais j'ai rebondi. L'important n'était pas le résultat, mais d'aller au bout, à mon rythme. La cerise sur le gâteau a été de valider mon CAP et de me donner les moyens de le faire, une fierté immense.

Toutes ces expériences m'ont guidée vers une évidence : la créativité que j'avais trouvée dans les moments les plus sombres allait devenir la clé de mon futur. C'est ainsi que j'ai choisi de me former pour devenir praticienne en art-thérapie, transformant un outil de reconstruction personnelle en un métier pour aider les autres.


De la “période sombre” aux petits pas victorieux

Le chemin de la reconversion est rarement une ligne droite. J'ai appris à mes dépens qu'il fallait accepter que cela prenne du temps. J'ai connu des moments de grand doute, cette "période noire" où je me demandais ce que j'allais devenir. Mais aujourd'hui, quand je regarde derrière, je vois à quel point chaque pas comptait.

Ce qui a été le plus difficile, ce sont ces phases de recul où je me prenais de sacrées claques. J'ai compris que tant que je n'avais pas acquis la leçon, je retournais en arrière. Je n'avançais que lorsque j'avais vraiment compris.

Mes pages matinales, que je terminais en dessinant une pile de cahiers, m'ont aidée à prendre du recul et à mesurer ce chemin parcouru, petit pas après petit pas. Je ne pourrais citer tous les moments qui m'ont aidée à avancer, c'est dur de choisir tant il y en a eu.

Ce qui a été le plus gratifiant, c'est de voir les phases de doute s'espacer, laissant place à une certitude : celle de vouloir changer ma façon de vivre. Une belle surprise a été d’entendre la meilleure phrase lors d'un atelier à l’Ouvre-Boîtes (la CAE) : "Au pire, ça marche !". Cette phrase, et la solidarité de mes "copines de l’OB", m'ont donné le courage de me lancer. J'ai compris que la résilience, c'est aussi accepter le recul pour mieux rebondir et avancer plus solidement.


Nouvel horizon : de la CAE à la micro-entreprise

Mon histoire est celle d'un nouveau départ. C'est avec une immense fierté que je regarde le chemin parcouru depuis le 16 septembre 2024, date de la concrétisation de mon projet. Cette étape n'aurait pas été possible sans la Coopérative d'Activités et d'Emploi (CAE). C'est au sein de ce contrat CAPE que j'ai pu démarrer mon activité de manière sécurisée et accompagnée. C'était le dernier soutien d'un long parcours où j’ai eu la chance d’être guidée à chaque étape par des personnes d'une importance fondamentale. Je remercie toutes celles et ceux qui y ont contribué, car je me suis rendu compte à quel point il est difficile de choisir tant ils ont tous été précieux.